Compte rendu et bilan final du sélectionneur National Ludovic Sarron.

 

J’avais deux objectifs sur cette compétition : Réussir à nous qualifier pour les 8èmes de finale, et permettre à tous mes joueurs d’avoir
du temps de jeu, mais pas du « garbage time ».

Je pense qu’ils ont réalisé une prouesse en battant Israël, pour le premier match officiel,car la pression était là.

Une fois la victoire en poche, j’ai fait le choix de donner du temps de jeu à tous, pour qu’ils aient la possibilité de vivre ce championnat
d’ Europe, qu’ils aient du temps pour s’aguerrir, pour prendre de l’expérience pour cette compétition et pour les prochaines.
Je voulais que chacun ait du temps pour s’exprimer sur le terrain. Le plus compliqué a été de réussir à constituer des 5 cohérents avec
1 à 2 joueurs majeurs en permanence sur le terrain, sans les surexploiter non plus, car je ne voulais pas risquer une blessure. Je voulais
être sûr d’avoir le groupe le plus fort possible contre la Russie pour ne surtout pas manquer ce match décisif. Sur les 3 matchs les plus
importants j’ai moins ouvert le banc, mais sur les autres rencontres, j’ai fait en sorte d’avoir beaucoup de rotations. Je ne voulais pas
passer une compétition avec 7-8 joueurs impliqués, et les autres qui ne mangent que du banc.

Nous terminons avec une des pires défenses de la compétition… Oui, on aurait pu limiter la casse face à plusieurs nations, ne pas
prendre de si gros éclats en utilisant les 5-7 joueurs majeurs… mais à quoi bon ? Qui se serait souvenu d’une défaite de seulement
20 points face aux Anglais ou aux Espagnols si nous avions raté la sortie de poule ?

Evidemment cela a frustré plusieurs joueurs, je les comprends, ce n’est jamais facile de quitter un terrain avec un écart de 40 points…
Mais si c’était à refaire je recommencerais, car ce choix de donner du temps de jeu à tous, a permis notamment à Remi Bayle de se
révéler. Rappelons que je l’ai contacté en janvier pour lui demander s’il accepterait d’être sur la liste des 24, mais qu’il ne fallait
surtout pas qu’il s’emballe, que sa sélection n’était pas acquise. Puis face au pertes de Jordan Luce et Franck Etavard, il s’est retrouvé
dans les 12… En 2 ans il est passé de joueur de nationale « B » à titulaire en Equipe de France aux Europes. Nous lui avions confié le rôle
d’intérieur avec un gros boulot de pick’n rolls, il a plutôt bien rempli sa mission.

De plus en seulement 20 jours de stages en 2019, il a fallu faire des choix, prioriser les axes de travail. Je voulais que nous soyons
excellents sur les pick’n rolls, sur la position au milieu et surtout sur la menace à l’opposé. Jamais je n’aurais cru qu’il faille consacrer
autant de temps à apprendre à jouer les pick’n rolls, ce qui est pourtant une des bases de notre sport.

J’ai dû faire aussi avec la blessure de Jérôme Courneil. Alors qu’il avait réalisé comme  tous ses partenaires de stage, une grosse
préparation, malheureusement, il s’est blessé à la hanche deux jours avant notre premier stage d’août. Raison pour laquelle il a été
absent en Pologne. Il a rejoint le groupe en Andorre pas complètement guéri, et sa blessure s’est réouverte dès le premier entrainement.
Malgré les efforts de Luc Daniel-Lacombe, et un passage chez un soudeur lors du stage de Meaux, nous n’avons pas réussi à solutionner
cela. Ainsi, à chaque fois qu’il se mettait au fauteuil, il aggravait sa plaie. Mais sa volonté d’aider le groupe autant que possible,
lui a fait prendre ces risques. C’est la raison pour laquelle son temps de jeu n’a pas été à la hauteur de son talent. Pas aussi présent
qu’il l’aurait souhaité, et moi aussi d’ailleurs, il s’est révélé être un capitaine formidable qui a pris le groupe sous son aile du début
à la fin.

A présent, il faut préparer 2021, 2023, et surtout 2024. Car oui l’Italie était prenable, mais toutes les autres nations sont très au dessus…
Il faut pour cela, continuer à intégrer et à former de nouveaux joueurs. Nous devons surtout tous parler le même basket. Il va falloir plus
de coopération entre les clubs et les équipes de France, que nous puissions demander aux entraîneurs de club d’axer leur travail sur tel
ou tel point, pour chaque joueur ou joueuse, comme c’est le cas en valide. Notre salut sur les prochaines compétitions passera par les clubs,
car c’est là que sont nos joueurs et joueuses 95% du temps. Ce n’est pas avec 20 jours de stage que nous allons révolutionner le basket-fauteuil.
Nos joueurs doivent s’entraîner 1 à 2 fois par jour, et avoir de grosses séances de shoots quotidiennes pour répéter et répéter encore leurs
gestuelles. Il faut aussi être plus exigeants sur le plan physique. Nous sommes très en dessous du niveau européen. Leurs 1 point, tiennent
nos 4 points… J’aimerais donc mettre en place des programmes individualisés pour tous les joueurs susceptibles d’évoluer en équipe de
France avec un suivi mensuel, des bilans régulierspour suivre leurs progressions.

Tous nos entraîneurs doivent être plus exigeants sur la maîtrise des fondamentaux. Les dribbles mains gauches sont maîtrisés par très peu
de joueurs. De même pour les différentes passes. Les sorties de pick avec balle ne sont pas assez fluides, etc… Nous devons amener nos
joueurs vers plus de maîtrise individuelle qui pourra être mise au service du collectif en club et en équipe de France.
Notre championnat doit se renforcer, devenir plus dur ! Il faut que ça s’entraîne, que ça joue et que ça siffle comme à haut  niveau.
On s’est fait bousculer par les espagnols lors du premier match de préparation en Andorre. On a répondu sur les suivants mais l’écart est là
quand même. On doit être plus durs au fauteuil en permanence. Plus on s’entraînera, plus on jouera avec des contacts, plus on sera
performants en Europe.

Je tiens à remercier tout mon staff : Loic Vanderdonckt assistant coach, Francis Dandine consultant, Emilie Guardiola kinésithérapeute,
Lionel Chavanne team manager, Loïc Roullier préparateur physique, Laure Desmurget préparatrice mentale et Luc Daniel Lacombe
mécano et surtout chauffeur, car Air France ayant refusé de transporter nos fauteuils de basket, il est parti de Bordeaux en minibus
avec  la remorque pour charger tous les fauteuils à Meaux. Il a ensuite roulé jusqu’en Pologne et à la fin de la compétition, il a fait le
voyage inverse jusqu’à Meaux pour que tous les joueurs puissent récupérer leurs fauteuils à l’aéroport pour ensuite rentrer  chez lui
à Bordeaux.

Un grand merci à eux tous, et félicitations aux joueurs pour cette belle réussite, qui n’a été possible que grâce à leur implication et grosse
préparation en juillet et août.

SARRON Ludovic